« Chacun sa chimère »


Poetry, réalisé par Lee Chang-dong, 2010
 
Mija oublie des mots depuis plusieurs mois, et son désir de renouer avec l'écriture de poésies arrive à un moment opportun. De nature enjouée, et puis élégante à souhait, elle travaille avec abnégation en tant qu'aide à domicile pour un homme impotent mais sans doute aussi âgé qu'elle. Cependant Mija devient préoccupée par le suicide d'une camarade de classe de son petit-fils, qu'elle élève seule.

Mija réussit à s'inscrire à un atelier d'écriture, et peine vraiment à trouver le secret pour écrire des vers. Son inspiration est perturbée par des actes ignominieux plus que par des débuts d'Alzheimer. Le décès de la jeune Agnès que certains tentent d'oublier et d'effacer à tout prix, « pour ne pas faire de vagues », provoque chez Mija un tourment vis-à-vis de son petit-fils négligé aussi par sa propre mère.

Avec une subtilité maintenant reconnue pour le cinéma coréen, Lee Chang-dong dresse le formidable portrait de Mija, toujours dévouée, et pour qui le sens des mots a autant de valeur que la portée des actes. Cette loi douloureuse est-elle le plus délicat enseignement qu'elle voudrait transmettre à son petit-fils en perte de repères, voici l'ultime combat de Mija contre l'oubli : celui qui célèbre Agnès.

(juillet 2015)

1 commentaire:

  1. Quelques lignes qui me donnent très envie de voir ce film, de découvrir ce portrait de femme, pourles thèmes abordés: la poésie, la mémoire, la transmission.

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